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Recherche: apologists pour les nuls

Par Pasteur Stéphane Gagné

D’accord, je l’avoue; j’éprouve actuellement un certain malaise face au défi de mon sujet d’aujourd’hui. Pourquoi? Parce qu’il s’agit d’une critique de l’apologétique. Non. Faux. Pas une critique de l’apologétique. Il s’agirait plutôt d’une critique face à certains apologistes dans l’église contemporaine.

Nous le savons, de nos jours l’apologétique fait face à un certain problème d’indifférence de la part des chrétiens qu’elle cherche à instruire. Pourtant, il est évident que les croyants de notre époque manquent gravement d’instruction dans la manière de défendre intelligemment leur foi et ceci demeure vrai dans la majorité des différentes cultures de la planète. Bref, nous avons parfois le sentiment que nous cherchons à aider des gens qui en ont réellement besoin, mais qui ne le reconnaissent pas, et donc ne recherchent pas notre aide. Pourquoi est-ce ainsi? Pourquoi ne reconnaissent-ils pas l’aide que nous leur offrons? À mon avis, une des raisons principales est qu’ils ne se reconnaissent pas dans ce que certains apologistes d’aujourd’hui offrent.

Au départ, je dois confesser que je ne peux pas être considéré comme un véritable apologiste moi-même. J’écris pour ce blogue sur invitation du président des ministères « Faith beyond belief ». Le jour où Jojo Ruba a répondu à mon invitation de prêcher son message à notre église, il a expliqué l’importance de toujours être prêt à défendre intelligemment les raisons de notre foi. Malgré le besoin d’une traduction simultanée, le message a été extrêmement bien reçu et apprécié. Les gens reconnaissaient la véracité de ses dires. Pourtant, ça ne va pas plus loin. Avouons-le, les apologistes ne croulent pas sous les invitations à enseigner dans les églises. Je définirais la situation comme suit :

  1. Il y a un besoin pour l’instruction des croyants à défendre leur foi. Il y a un « marché » pour ça.
  2. Bien qu’il y ait un besoin, il n’y a pas de demande. Qu’en est la raison?
  3. La raison est que le « client » (les croyants) ne reconnaît pas que l’offre actuelle est la réponse à son besoin. Dans le concept de l’offre et de la demande, il ne reconnaît pas que notre « offre » soit une réponse à sa « demande », son besoin. Un peu comme des gens grandement affamés qui vont à des restaurants qui leur ressemblent plutôt que dans ceux de fine cuisine gastronomique auxquels ils ne s’identifient pas.

Bref, nous le savons, l’éternel problème des apologistes est que leurs frères les perçoivent comme étant trop intellectuels pour eux. Dans le monde séculier, les enseignants en philosophie font aussi régulièrement face à ce fait, de même que les grands passionnés de science. Il y a relativement peu de gens qui se conçoivent comme des passionnés de philo, ou de science. Et même si notre santé dépend grandement de notre façon de s’alimenter, peu de gens s’intéressent à la nutrition. Comment fait-on pour changer cela? Considérez ceci : à une époque où les gens n’aimaient pas beaucoup lire, mais aimaient écouter la télévision, des émissions comme celles présentées par le « National Géographiques » ont été cherché les gens là où ils se trouvaient : devant la télévision. De nos jours, les gens s’intéressent davantage à leur alimentation et à leur santé, car des experts ont su créer des émissions intéressantes telles « Doctor Oz ». Ce genre reproduit le format « Oprah » auquel les gens s’identifient. Les nutritionnistes de la télé sont filmés dans la cuisine ou à l’épicerie — des lieux où les spectateurs se retrouvent régulièrement eux-mêmes.

La vérité est la suivante : les chrétiens d’aujourd’hui proviennent de tous les niveaux de vie et ne sont pas tous nécessairement très éduqués. Ils ne s’identifient pas dans les écrits ou les livres trop complexes. Comme plusieurs étudiants, ils ont besoin qu’on leur amène des enseignements à leurs niveaux. Dans le système scolaire, l’élève doit parfois se mettre au niveau de l’enseignant, car il y est obligé. Ce n’est pas le cas pour le chrétien qui apprend là où il veut et qui, avec l’internet, possède de nos jours un accès quasi illimité à un éventail d’enseignements de toutes sortes. Pourquoi choisirait-il des enseignements présentés dans un format qui ne lui semble pas attirant?

La vraie question est la suivante : en tant qu’enseignants, sommes-nous capables d’être assez malléables pour nous adapter à ceux que nous cherchons à enseigner? Si le client visé ne juge pas que notre offre corresponde à la demande, sommes-nous capables de nous adapter à la demande?

D’abord, pourquoi devrions-nous nous prêter à un tel exercice?

Parce que la première mission d’un bon ministre — soit-il apologiste ou autre — doit d’abord servir le prochain et non lui-même. Ma plus grande critique à propos de certains passionnés d’apologétique est qu’ils semblent parfois écrire pour leur propre satisfaction plutôt qu’avec le néophyte” ”en tête. Plus d’une fois, les sujets de certains articles m’ont porté à penser que l’auteur n’a pas écrit parce qu’il avait perçu un besoin autour de lui, mais plutôt parce qu’il ressentait en lui-même un désir d’aborder un sujet sur lequel il croit avoir de grandes choses à dire (et attention, je ne vise pas les textes du présent blogue, loin de là). N’avez-vous jamais eu ce même sentiment devant certains sujets ou devant la manière dont ils étaient traités? Pas étonnant que l’apologétique ait de la difficulté à se tailler une place dans nos églises! Je propose que pour y arriver, ces défenseurs de la foi doivent commencer à communiquer davantage en fonction des « prospects » qu’ils désirent éduquer.

Wikipédia décrit un prospect comme étant la cible visée. Une des tâches du marketing est de convertir ce prospect en client effectif. Prenons quelques exemples de personnalité du monde séculier qui ont réussi cet exploit. Si je vous parle du « Commandant Cousteau », ça vous dira peut-être quelque chose. Même si vous ne vous souvenez pas de son nom complet, vous vous souvenez de cet océanographe. Pourquoi? Probablement pas parce qu’il a perfectionné le scaphandre autonome qui a ouvert la voie à la plongée sous-marine moderne. Non, pas vraiment. Nous le connaissons davantage parce qu’il est celui qui, par ses merveilleux documentaires, a su présenter au grand public les merveilles des mystérieux fonds sous-marins. Dans le même ordre d’idée, le Montréalais Hubert Reeves qui est astrophysicien. Cette science n’appelle pas facilement le grand public et il existe grand nombre d’astrophysiciens aussi bons ou même meilleurs que Reeves. Alors pourquoi ce dernier est-il possiblement le mieux connu et le plus populaire auprès du grand public? Parce qu’il sait comment rendre son sujet intéressant à leurs yeux! Ce qui fait que cet homme nous intéresse à l’astrophysique comme nul autre est son talent de vulgarisateur. Il a compris comment rendre sa science intéressante aux yeux du public. Toujours dans le domaine de la science, le Canadien David Suzuki est possiblement le généticien le plus populaire de l’Amérique du Nord. Cela n’est pas seulement dû au fait de ses grandes connaissances, mais bien plutôt dans l’effort qu’il a investi à transmettre son savoir. En effet, dès l’année 1970, Suzuki perfectionnait l’art de communiquer la science aux enfants avec son émission « Suzuki on science » (1). Plus tard, en 1979, il s’est fait connaître au public adulte avec son émission « The nature of things » (2) (notez d’ailleurs le caractère large et inclusif du titre choisi pour cette émission).

De même, remarquez que nos apologistes contemporains les plus populaires se trouvent à être ceux qui s’assurent d’inclure dans leurs sujets des thèmes qui touchent la vie des chrétiens en général et non seulement les pasteurs et les étudiants en théologie. Je remercie Dieu pour des hommes tels que Ravi Zacharias et de plus jeunes tels que Frank Turek. Lorsque Jojo Ruba m’a proposé d’écrire (même en français) pour le blogue du ministère « Faith beyond belief », je me suis assuré que l’énoncé de mission (et la personnalité de son président) avait la bonne optique en tête. C’est d’ailleurs pour ça que je me permets le risque d’offenser quelques personnes. Afin de rappeler que la mission première de l’apologiste n’est pas d’impressionner ses confrères par de grandes et très profondes dissertations (bien que ces dernières ont leur place dans le bon contexte), mais bien de savoir équiper l’église dans son ensemble, et ce, au niveau intellectuel où ses membres se trouvent. La technologie nous offre désormais des moyens relativement récents qui peuvent nous permettre d’innover afin de rendre la transmission de nos connaissances plus attirante que jamais. Comme dans tous les domaines professionnels d’aujourd’hui, un diplôme ne suffit plus pour se faire connaître. Il faut constamment innover et se réinventer si l’on souhaite aller chercher l’intérêt de notre public cible. Nier ce fait, c’est de retarder l’inévitable. Le reconnaître et en tenir compte, c’est faire preuve de sagesse et devenir efficace. L’apologiste efficace sera celui qui saura vulgariser et atteindre son public là ou ceux-ci se trouvent. Tout est dans l’approche.